Appel à candidature pour un contrat doctoral. Date limite : 10 septembre 2011. Sujet de thèse : Innovations littéraires et graphiques dans les revues littéraires et artistiques (1880-1914). Questions de conservation et de numérisation

21 juillet 2011au10 septembre 2011

Cadre : Le Laboratoire d’excellence PATRIMA (www.patrima.org) met au concours un contrat doctoral (3 ans) en littérature contemporaine et patrimoine. Rattaché au Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines (CHCSC), bénéficiant du partenariat de la Bibliothèque nationale de France, le doctorant contribuera, par sa thèse, au programme scientifique de PATRIMA et travaillera sous la direction d’Evanghelia Stead, professeur de littérature comparée ( Europe occidentale) à l’Université de Versailles Saint-Quentin (CHCSC),  78047 Guyancourt, France.

Sujet :

Les revues littéraires et artistiques constituent un domaine de création innovant et un extraordinaire laboratoire d’expérimentation pour les avant-gardes littéraires et artistiques à partir des années 1880 en Europe, comme le confirment des recherches récentes, menées à l’échelle nationale [1], ou européenne [2], et qui privilégient l’interdisciplinarité. Ces travaux mettent au premier plan – aux côtés de l’approche traditionnelle des textes, des idées, et des acteurs – la matérialité, les réalisations typographiques et iconographiques, et les réseaux des relations entre revues d’une part, galeries, salles de spectacles et expositions, de l’autre. Ils tendent à favoriser, parmi les différentes approches, celle de l’histoire culturelle [3], dans une perspective désireuse de restituer la place historique (éditoriale, littéraire, artistique) des périodiques vus comme des tremplins de création, mais aussi leur valeur d’échange en tant qu’intermédiaires privilégiés entre les lettres et les arts, et des supports au capital intellectuel et artistique nouveau. Le secteur, c’est un fait, bénéficie d’un regain d’intérêt de la recherche collective ces dix dernières années. Il gagnerait à être étayé par des travaux doctoraux d’envergure, entre l’Université et la BnF, qui envisageraient conjointement ces innovations et la question de la patrimonialisation de ces corpus très diversifiés, requérant une fine approche qualitative.

Des choix anciens de conservation de ces périodiques ont laissé de côté des éléments et des pages qui contribuent pourtant de manière centrale à leur identité. Leur numérisation, lancée au tout début du projet Gallica de la BnF, pose un certain nombre de problèmes et ouvre plusieurs pistes de recherche et de questionnement. Pour prendre un exemple, la numérisation de revues phares comme La Plume, La Revue blanche, L’Ermitage a été menée non pas à partir des originaux, mais à partir des reprint Slatkine, réalisés à une époque où l’on ne se souciait guère de l’aspect graphique et matériel des périodiques. D’autres numérisations (par exemple celle du célèbre Yellow Book) n’a pas fait place à la couleur, pourtant essentielle, et affichée dès le titre. Une comparaison entre la numérisation disponible sur Gallica et celle mise en ligne par Ryerson University[4],  confronte l’usager à deux supports sensiblement différents, celui de Gallica étant le moins fidèle.

Il en résulte souvent une uniformisation des publications. Elles sont souvent privées de leurs couvertures, ou pourvues de couvertures ultérieures, privées des pages inaugurales ou publicitaires. Ces dernières servent de tremplin à la création et à l’innovation, mais constituent aussi un témoignage historique irremplaçable des relations entre périodiques au niveau national et international. La transmission en noir et blanc d’un patrimoine polychrome, jouant de nombreux formats, incluant des estampes et des inserts, qui entrent en dialogue avec les contenus de chaque numéro et influent sur les choix éditoriaux, pose également problème. S’ils rendent la lecture et l’accès bien plus aisés que par le passé, dans leur forme actuelle, les corpus numérisés et/ou diversement conservés transmettent une image opacifiée d’un corpus extraordinairement pluriel et inventif. D’autres revues, en attente de numérisation, pourraient suivre la même voie sans une réflexion fine et adéquate. La question de la conservation y est évidemment liée.

La thèse projetée se pencherait sur ces questions. Elle chercherait d’une part, à cerner de manière à la fois synthétique et diversifiée les innovations graphiques et typographiques en relation avec le contenu littéraire, artistique et idéologique, et les choix éditoriaux d’un corpus de périodiques choisi à bon escient. Elle envisagerait d’autre part le type de conservation et de numérisation apte à mieux rendre compte de ce type de corpus et des problèmes qu’il pose.

Dans la perspective envisagée ici, on recommanderait :

1) qu’elle adresse les débuts de ce phénomène foisonnant (avant 1900) du fait du nombre restreint de travaux existants, et de leur nature souvent uniquement littéraire (dans une perspective majoritairement monographique et d’idées). Il s’agirait au contraire d’envisager les périodiques choisis comme des ensembles performants et de comparer les pratiques entre elles.

2) qu’elle procède de manière interdisciplinaire en associant des attentes et des considérations littéraires à une approche sensible aux supports, aux images, à la typographie, et ouvrant sur l’histoire culturelle. Il s’agirait de prendre en compte la valeur d’échange des périodiques entre le monde des lettres et celui des arts, et de les relier à la modernité sociale et culturelle. Cette approche interdisciplinaire gagnerait à être comparée, adressant non pas seulement des périodiques français, mais également ceux qui leur seraient liés dans une autre aire culturelle européenne.

3) qu’elle adresse en parallèle les questions de conservation et de numérisation des périodiques choisis, en élaborant un protocole d’approche et en comparaison avec le type de conservation et de numérisation lancé par d’autres serveurs et/ou institutions.

 

Procédure de candidature : Le candidat adressera,  avant le 10 septembre 2011, une lettre de motivation et un CV à  evanghelia.stead@uvsq.fr et helene.humbert@uvsq.fr.

Le contrat prendra effet courant octobre 2011.



[1] La Belle Époque des revues, 1880-1914, dir. Jacqueline Pluet-Despatin, Michel Leymarie et Jean-Yves Mollier, Paris, Éditions de l’IMEC, 2002.

[2] L’Europe des revues (1880-1920) : Estampes, Photographies, Illustrations, dir. Évanghélia Stead et Hélène Védrine, Paris, Presses Universitaires Paris Sorbonne, coll. «Histoire de l’imprimé», 2008.

[3] Voir L’Europe des revues, op. cit., et The Oxford Critical and Cultural History of Modernist Magazines, dir. Peter Brooker et Andrew Thacker, Oxford, Oxford University Press, vol. I, Britain and Ireland, 1880-1955, 2009, vol. II, North America & Canada, 18801950, sous presse, et vol. III, Europe, 18801950, en préparation.

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