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30 juin : 4145 mots ( 22 mn ) à amener à 3 600 mots
From Achilles
to The Stranger of The Deformed Transformed :
the testaments of Byron .
A 21ans, Byron part faire son Grand Tour.
Il résume ses quinze jours en Troade au choc visuel né d’un seul détail :" 1the barrrows supposed to contain the carcases of Achilles, Antilochus, Ajax etc. »23.
Son intérêt pour Achille ne s'est jamais démenti, et il en a montré des facettes différentes, jusqu’à s’y opposer par la bouche du Stranger, dans The Deformed Transformed, sa dernière pièce qui a de forts accents éthiques , d'où notre titre.
Notre objectif étant de contribuer à définir « the good life » selon Byron, nous vous proposons de retracer un aspect de l’évolution de son opinion sur les valeurs à adopter et la conduite à suivre, en suivant simplement l’ordre chronologique des passages concernant ce héros mythologique.
1 Achille si grand et si oublié …
Sa vision d’Achille naît du contraste entre ce héros si grand et ce peu de cendres :
2 ans après son voyage, dans Childe Harold et The Bride of Abydos, Byron explique que cette «lone and nameless barrow »" 4, cette « defenceless urn » 5, "that little urn saith more than thousand homilies." 6 : elle lui parle de la mort précoce7 d’un héros qui a glorieusement prodigué sa vie, ou encore celui de la brièveté de la gloire, et plus encore, de sa futilité, et de l’ingratitude humaine8.
Il évoque ensuite9 cet Achille dont la Grèce d'alors aurait bien besoin, pour la protéger tant contre les ennemis politiques que contre les pilleurs d'œuvres d'Art, ce "
Peleus’s son , whom Hell in vain enthrall’d,
His shade from Hades upon that dread day,
Bursting to light in terrible array !10
Ce détail des légendes post-classiques est peu connu : Byron s’est décrit plus tard errant sur les bords du Scamandre, après son séjour en Grèce. Se pourrait-il que son idée (revenir aider les Grecs ) ait germé là, dès 1810 ? 11
Dans Le Corsaire12, le souhait d’une mort glorieuse13 fait implicitement référence à Achille, mais vers 1820, Byron y ajoute un commentaire alambiqué dans : Ode to a lady whose lover was killed by a ball, which at the same time shivered a portrait next his heart 14...
En effet, la balle a enfoncé le portrait dans le sein même de l'amant, qui donc, comme Achille, avait un point faible ... mais au coeur !
"15No Cuirass o’er that glowing heart
The deadly bullet turned apart
Love had bestowed a richer Mail
Like Thetis16 on her Son
But hers at last was vain, -
And the lover’s race was run . 17
Byron aboutit à Achille par une voie très compliquée , mais cela témoigne justement de ses réflexions sur le thème du "talon d'Achille", c’est à dire du défaut, décliné en sous-thèmes qui le concernent personnellement :
défaut physique d'un corps parfait,
défaut minuscule, mais défaut mortel,
3) défaut venant d'un amour maternel très grand pris en défaut …18mais qu'il attribue, dans son cas, à un défaut d'amour de sa mère ( il rapporte qu’elle portait un corset qui l’a estropié quand elle l'attendait ). 19
2 Achille, traité de façon burlesque dans le Don Juan
Achille était jusqu’alors un sujet d’éloges, un modèle de bravoure, un recours, un héros mort jeune ; il avait fourni au jeune Byron un exemple à méditer : brièveté de la vie, inconstance de la faveur humaine, défaut involontaire dans la perfection …
Mais à partir de 1819, changement brutal : dans tout Don Juan, l’ironie l’emporte .
Par exemple, il y20 plaisante avec un humour de mauvais goût, sur le dîner21 composé par Achille qui reçoit Priam suppliant. Pour s’expliquer, il déclare22 qu’il a abandonné le romantisme 23 tellement tout l’écoeure:
And the sad truth which hovers o’er my desk
Turns what was once romantic to burlesque.
And I laugh at any mortal thing,
‘Tis that I may not weep; and if I weep,
‘Tis that our nature cannot always bring
Itself to apathy, for we must steep
Our hearts first in the depths of Lethe’s Spring
Ere what we least wish to behold will sleep :
Thetis baptized her mortal son in Styx;
A mortal mother would on Lethe fix.24
Il revient donc , par la suite, presque méthodiquement, et comme pour les renier, sur les sentiments qu'il a éprouvés auprès de la tombe d'Achille :
Par exemple, Don Juan, ballotté par les vagues, arrive en vue du lieu où reposent les cendres d’Achille :
Another time he might have liked to see’em,
But now was not much pleased with Cape Sigaeum." 25
There , on the green and village-cotted hill, is
(Flank’d by the Hellespont, and by the sea)
Entomb’d the bravest of the brave, Achilles;
They say so - ( Bryant say the contrary);
And further downward, tall and towering still, is
The tumulus - of whom ? Heaven knows ; ‘t’may be
Patroclus, Ajax ,or Protesilaus;
All heroes who if living still would slay us." 2627 28
En fait, cet endroit désolé est celui où Byron vécut l' expérience quasi fondatrice qui lui fit prendre conscience de la fragilité de l’espèce humaine et de la versatilité des hommes.
I’ve stood upon Achille’s tomb,
And heard Troy doubted; time will doubt of Rome.2930 :
Cette prise de conscience de la versatilité humaine lui fait se poser la question de sa célébrité : la gloire des conquérants comme celle des poètes passeront toutes dans l'oubli, et il cite une fois encore, nommément , Achille31
Cette tonalité satirique ne fait que s’accentuer alors qu’il pense aller réellement combattre aux côtés des Grecs.
Pourquoi ?
Peut-être par pudeur , car Byron savait qu’on ferait la comparaison, à sa louange ou à sa honte, par rapport à Achille, et qu’on pourrait même l’accuser de chercher à rivaliser avec lui. Critiquer Achille, c’était donc s’en démarquer et nier discrètement tout désir de ressemblance .
Au fur et à mesure qu’il « s’approche » de la Grèce, Byron redouble d’ironie sur Achille, et même sur les valeurs qu'il véhicule traditionnellement : sa beauté et son courage :
En 1823, Achille sert de repoussoir , le pauvre, à des soldats hideux : « Achilles’self was not more grim and gory ... 32 , puis un peu plus loin, de référence à un guerrier tout aussi fort mais pas très futé … 33
Le plus spectaculaire est une version burlesque de la blessure fatale à Achille : un officier est mordu au talon par un ennemi, tel le serpent d’Eve, qui se cramponne mordicus34.
A dying Moslem, who had felt the foot
Of a foe o’er him, snatched at it, and bit
The very tendon, which most acute -
( That which some ancient Muse or modern Wit
Named after thee, Achilles) and quite through’d it.35
L’officier en sort boiteux à vie, invalide et mutilé36 et Byron, qui avait une dent contre les médecins qui n’avaient rien pu faire pour sa jambe à sa naissance ni plus tard, de blâmer le chirurgien :
The regimental surgeon could not cure
His patient , and perhaps was to be blamed
More than the head of the inveterate foe ,
Which was cut off, and scarce even then let go .37 38
3 Transition sérieuse
Mais dans The Island, sa dernière longue œuvre à être publiée complète en 1823, le ton des 3 allusions à Achille redevient plus sérieux, quoiqu’elles n’aient pas d’unité :
1°) Byron y fait allusion à Achille 39 en tant qu' élève-poète du centaure Chiron40 . Pourtant ce n'est pas par ses dons poétiques qu'Achille s'est illustré...
2°) Il affirme la supériorité de la Nature sur la civilisation, et interpelle même Achille :
The naked knights of savage chivalry,
Whose grassy cairns ascend along the shore,
And thine, - I’ve seen - Achilles, do no more.41
3°) Il confie42 les modalités de sa fascination pour Achille : se sent-il plus grec que celte? Il déclare qu'il a adoré les Alpes, aimé les Apennins, révéré le Parnasse, contemplé l'Ida et l'Olympe, la Grèce et la Troade … Mais que c'était en réalité parce qu'il recherchait les impressions de son enfance :
The infant rapture still survived the boy,
And Loch-na-gar with Ida looked o’er Troy,
Mixed Celtic memories with the Phrygian mount,
And Highland linns with Castalie’s clear fount.
Forgive me, Homer’s universal shade!
Forgive me, Phoebus! that my fancy's trayed. 43
Achille, quoique référence très présente, est donc ouvertement relégué au rang d’image secondaire ou de reflet en ricochet .
4 Achille et le Stranger : changements de valeurs
En 1822, pour la première fois dans des oeuvres à publier, mais qui resteront inachevées du fait de sa mort accidentelle, Byron traite de façon presque réaliste, sa relation avec ses parents : The Deformed Transformed commence par peindre crûment ses relations avec sa mère, et le Chant XVII de Don Juan commence lui aussi par peindre la douleur des orphelins de coeur.
Ces choix traduisent un changement très net de comportement qui entraine rapidement aussi d’autres changement de valeurs .
The Deformed transformed, comme son nom l’indique presque, aborde des questions éthiques .
C'est un drame fantasmagorique dans lequel Arnold, bossu rejeté par tous, se fait chasser violemment par sa mère .
Il tente de se suicider, mais un « Stranger » apparaît et lui propose de choisir sa forme : Arnold refuse celle de 5 héros mythologiques ou historiques, et même celle d’Apollon et de Socrate44 ...45 car il veut être aimé46 , et c’est pourquoi il juge bon d’axer son choix sur la beauté physique : il choisit donc Achille47.
C'est d'ailleurs cette question de la valeur de la beauté physique qui est commune aux deux sources mentionnées par Byron 48: un roman et un « grand musical romance ».
The Three Brothers, roman de 1805, presque inconnu, gothique à souhait, est de Joshua Pickersgill junior4950. Arnaud is, unlike Byron’s Arnold, a handsome and preciously witty child. Il devient malheureusement laid, et , par suite, cruel 51Les causes du ressentiment et de la corruption morale d’Arnaud sont donc expliquées par sa blessure.52 Diable convoqué,53 pas de contrat de vente de son âme, choix de la forme parfaite de Démétrius Poliorcète, habit sous lequel il commet nombreux forfaits . Jusqu'à un fratricide . Mais «with his new beauty comes wisdom which awakens him to the horror of his previous action, and he pleads for the return of ignorance.» Pour simplifier : la beauté rend bon.
L’opéra de Matthew Gregory Lewis, ami de Byron, intitulé The Wood Daemon54, eut un très grand succès en 1806...« Hardyknute is born deformed, like Byron’s Arnold, but gains perpetual youth, health, sexual attractiveness, and military glory from the Wood Daemon in exchange for the annual sacrifice of a young child. » Au 9° sacrifice, plein de remords, Hardyknute ne respecte plus le pacte et donne ainsi son âme au diable ! La beauté est ici un piège du Démon.
Chez Pickersgill comme chez Lewis, le choix est offert par le Démon. Chez Byron, le Stranger est-il vraiment démoniaque?
Il critique ouvertement et toujours les réponses et les choix d'Arnold, faibles et superficiels.55 Arnold, lui, ne saisit aucune allusion, et souhaite même ressembler totalement à Achille.
The Stranger lui fait remarquer qu'il a oublié un détail peu connu : ledit Achille mesurait "twelve cubits" et Arnold ressemblerait alors dans les combats à un "new-found mammoth" et les couleuvrines
would find way
Through our friend's armour there, with greater ease
Than the adulterer 's arrow through his heel,
Which Thetis had forgotten to baptize
In Styx.
Encore une faiblesse d'Arnold, un piège où son ego malade l'aurait fait tomber, et une allusion au défaut d'Achille, dû à sa mère présentée comme inconséquente …
The Stranger, lui, se soucie peu de l'apparence et choisit pour lui-même l'ancienne forme d'Arnold : c'est un idéaliste.
Dès qu’ Arnold-Achille aperçoit l’Inconnu sous son ancienne forme à lui, il hurle de dégoût56. D’où les réflexions ironiques du Stranger toujours calme …57 qui démontre qu’Arnold demande des valeurs périssables alors qu’il lui proposait les valeurs les plus hautes et que ce choix vient d'une réaction compréhensible, certes, mais quasi-infantile .
En fait, ce Stranger ne serait-il pas un Byron faisant son examen de conscience ? centré sur sa boiterie, dandy, accordant une place excessive à la beauté physique…
Mais quelles sont les valeurs que les Deformed possèdent ? 58
Arnold le clame hautement : c’est la vaillance, qui est si impliquée naturellement par la laideur qu’il n’a pas besoin de la demander :
« Deformity is daring .
It is its essence to o’ertake mankind
By heart and soul , and make itself the equal –
Ay, the superior of the rest.."59
Byron revient souvent sur cette idée.60
Il possédait, en tout cas dès 1816, le livre de Bacon « Of Deformity » qui développe la même observation 61. Cette forme de résilience fut choisie peut-être par Byron, cavalier et nageur jusqu’à l’épuisement, amateur de records et de conduites à risque.
Toutefois c'est la première œuvre où Byron lie presque ontologiquement, et ostensiblement, le défaut physique à la vaillance. Première oeuvre où figure le mot « boiteux » à côté de Timour, ( autre référent instructif ) auquel se compare Arnold-Achille lui-même. Cet aspect autobiographique est un des grands intérêts de la pièce.
Arnold-Achille part combattre avec un courage remarquable, mais irréfléchi... ce qui permet à Byron de faire encore une fois allusion aux conséquences du manque de conscience professionnel de la pauvre Thétis :
But though I gave the form of Thetis 'son,
I dipt thee not in Styx; and 'gainst a foe
I would not warrant thy chilvalric heart
More than Pelides'heel .62
A la différence du désir irrépressible d'être beau, la vaillance n'est pas critiquée par The Stranger. Mais il précise qu’elle arrange les affaires du Diable ... et il ironise sur la vanité des guerres, à côté des valeurs éternelles pour lesquelles l'Homme devrait au contraire combattre de toute son âme . Reproches paradoxaux chez un Démon!
Byron aborde un nouveau thème : Arnold-Achille tombe amoureux de la belle Olimpia qu'il a tuée63, épisode que le Stranger rapproche de l’amour d’Achille pour l’amazone Penthésilée qu’il avait tuée :
Even so Achilles loved
Penthesilea; with his form, it seems
You have his heart, and yet it was no soft one."64
The Stranger sneeringly alludes to the tradition that, enamoured of her dead body, Achilles committed necrophilia.
The Stranger ressuscite Olimpia en échange d'une promesse - bien inconsidérée hélas - d'Arnold et il laisse entendre que cet amour aura une fin rapide et dramatique . En effet, dans le dernier fragment publié par Byron, the Stranger laisse entrevoir que la lune de miel d’Arnold est déjà finie : démonstration implicite, par la pratique, que les valeurs clefs d’Arnold-Achille n’ont servi à rien .
65 Byron prend de plus en plus de distance avec le « bouillant Achille » « au pied léger »... Le modèle à suivre n'est plus, non plus, sa propre vision d’Achille : c’est le Stranger qui est désormais le porte-parole de Byron.
6 Préparatifs de départ
Pourquoi donc Byron a-t-il publié ce drame à l’état de fragments décousus, et sans rien de l’Acte III ?
Vers 1820, Byron s’inquiète beaucoup de la Grèce.
En janvier 1822, il commence The Deformed Transformed .
En mars 1823, il est appelé en Grèce et accepte .
Il lui a fallu alors s’organiser rapidement :
-le 8 mai, il commence encore le Chant XVII de Don Juan.
-fin mai, il envoie les fragments du Deformed Transformed pour publication .
-le 30 juin, il envoie à l 'impression les chants XV et XVI de Don Juan, sans attendre le Chant XVII .
-le 22 juillet, il embarque pour la Grèce
Les publications de fragments en l’état témoignent donc du souci de régler si possible ses affaires matérielles avant l’embarquement et les combats dans la vraie Grèce.
Au fur et à mesure, la Grèce mythologique, elle, s’éloigne : elle qui lui a permis de se construire à partir des valeurs qu’Achille manifestait ( beauté et vaillance ), et qui a eu entre autres une fonction de comparant avec sa situation personnelle familiale et physique, l'aidant à réagir .
Un poème de mai 1823 confirme cet éloignement :
I am ashes where once I was fire
And the bard in my bosom is dead ,
What I loved I now merely admire -
And my heart is as grey as my head66.
Il reste un thème achilléen essentiel : la victoire des Achéens ne serait due qu’au combat d’Achille, mais Achille mourrait devant Troie... Sa mère s’ opposait donc à son départ, mais Achille fit ce choix .
D'où vient donc que Byron n’a jamais mentionné cette thématique d’une mort pour ainsi dire prévue et acceptée ? d’un « sacrifice »?
Il est quasi impossible qu’il n’ait pas vécu intérieurement cet appel ... et qu’il n’ait pas entendu l’appel des Grecs comme un beau défi, une demande à laquelle il ne pouvait se dérober... et une redite émouvante de la geste d’Achille.
Le silence sur ce thème s’explique peut-être simplement par de la pudeur : Byron n’ose même pas favoriser un rapprochement possible. C’est sans doute cet Achille qui reste le plus profond et le plus vrai pour lui .
7 Un Achille sublimé .
Après ces derniers envois à publication mi-1823, nous avouons avoir un problème de méthode puisque nous ne pouvons dater le fragment au brouillon de l’Acte III du Deformed Transformed, retrouvé après sa mort, alors que nous connaissons presque exactement les dates des 6 poèmes, au brouillon ou au propre, qu'il a écrits après son départ.
Nous nous permettrons donc d’étudier ces écrits comme s’ils étaient contemporains et définitifs.67
Le Brouillon de la suite du Deformed Transformed nous éclaire sur ses sentiments et ses valeurs d’alors.
C'est dans le droit fil de ce qui en a été publié, mais l’échec des choix d’Arnold-Achille y est plus criant68. Vaillance et beauté sont fugitifs par essence, comme The Stranger le dit expressément :
For passion - and the next fot vanity –
Arnold comprend que sa vaillance, pourtant toute personnelle, ne lui sert de rien, qu’Olimpia ne peut l’aimer sous sa plastique impeccable empruntée, et que sa laideur n'aurait pas été un obstacle à un amour de qualité, au contraire … Il est jaloux de lui-même...
L'Achille de la mythologie s’est effacé sous l’acide ironique du Stranger.
On retrouve la même idée dans un poème de septembre 69 où Byron chante toute la beauté de la mythologie pour mieux dire adieu70 aux mythes, et semble avouer s’être enchanté d'illusions.
Demeure la question de l’Amour et de la Mort.
Or Byron vivait au même moment peut-être, une passion intense pour un garçon de 15 ans, Loukas, passion non payée de retour.
Le jour même de ses 36 ans, il en est à souhaiter la mort puisqu’il ne peut se comparer qu’à un corps pourrissant, (rappelons que chez les Achéens, seule la flamme du bûcher garantissait la vie dans l’au-delà ) , et que la flamme de sa passion ne se communique pas... à la différence de celle, vivante, allumée aux bûchers funéraires :
Mais Byron a un sursaut digne du Stranger : son amour non payé de retour devrait entraîner chez lui le mépris de cette Beauté physique ... Il s’exhorte à cela, mais sans succès . Tout au mieux peut-il en fait choisir, à la fin, au lieu d’une mort inutile, la Mort au combat :
Tread those reviving passions down
Unworthy Manhood ; - unto thee
Indifferent should the smile or frown
Of Beauty be.
If thou regret’st thy youth, why live ?
The Land of honourable Death
Is here - up to the Field ! and give
Away thy Breath .
Seek out - less often sought than found,
A Soldier’s Grave - for thee the best,
Then look around and choose thy ground
And take the Rest. 71
Il est frappant de voir que Byron estime que pour lui, la Grèce est « le » pays de la mort honorable ou valeureuse, la Grèce, pays d’Achille, mais d’où il s’élança pour tomber ailleurs 72.
Byron confie chercher la mort par désespoir d’amour, et ce n’est pas par héroïsme qu’il la trouvera : il n’a que l’apparence de la grande âme d’Achille.
La fin du Brouillon73 comme les tout derniers vers du dernier poème74, (sans doute, ses derniers mots écrits), sont ceux d’un être faible devant son propre désir d’être aimé, désir qu’il sait condamnable.
Mais ce mal-aimé amoureux, qui pourrait tout abdiquer, ne blasphème pas contre sa propre éthique, car il s’interroge d’abord sur ce qui reste toujours valable à ses yeux : il vise plus haut que le désir de la Beauté et de l’Amour, des honneurs ou du renom passés ou à venir. Ce qui prouve qu'il a sublimé l’Achille de sa jeunesse .
Et il sait ce pourquoi, même désespéré, il vaut la peine de mourir :
What are to me those honours or renown
Past or to come, a new-born people’s cry
Albeit for such I could despise a crown
Of aught save Laurel, or for such could die ;
Même faible en amour, il continuera à risquer sa vie, mais seulement pour une couronne de laurier et « le cri d’un peuple nouveau-né ... » auquel on donne vie en acceptant de mourir ...
Conclusion ( 3 mn)
La figure d’Achille a été le « révélateur », qui nous a permis de retracer l’évolution de son opinion sur The Good Life, les valeurs à adopter et la conduite à suivre .
Pendant son enfance, cette figure a été le support de la résilience et de la sublimation à travers la beauté et la vaillance.
Selon qu’il le voyait comme fils de Thétis ou comme héros, Achille fut pour lui presque un frère, un aîné ou un père, avec les sentiments ambigus inhérents à ces relations... Il s’est construit métaphoriquement avec et contre lui.
Sur la tombe d’Achille, Byron avait mesuré la versatilité humaine, et accepté de trouver l'écho le plus grand pour la gloire dans une tombe la plus solitaire possible : le paradoxe de la renommée dans l'oubli.
L'ironie et le burlesque nécessaires au succès et au dandysme ont libéré l’expression et permis un examen sans subterfuge de cette image d’Achille.
Il est intéressant de lire les écrits de quelqu’un qui sait qu’il court un risque bien réel de mourir, par exemple en partant pour la guerre .
Or ce fut le cas des textes écrits une fois que Byron eut pris sa décision et qu’il la mit en oeuvre : ce sont des poèmes, et un drame sous forme de Conte ou de Fable allégorique, avec toute leur force moralisatrice et psychologique.
C’est justement alors, à l’époque du Deformed transformed, qu’il décrit pour la première fois d’entrée de jeu et franchement, le manque d’amour maternel et son complexe de laideur.
Le Stranger y est ensuite le commentateur omniscient et le juge moralisateur d’Arnold, d’Achille et des humains : il découvre la vanité de deux de ses valeurs : la beauté et la vaillance, ceci au moment paradoxalement, où il endosse l’armure du guerrier.
Pour ne pas être justement accusé d’outrecuidance ou de vanité, Byron fit silence sur un point où Achille, selon lui, fut « exemplaire » : lorsqu’il s’engagea au côté de son peuple, sachant qu’il signait sa mort.
Visiblement alors, Byron a eu le souci de trouver ce qui donnerait à l’Homme son existence la plus achevée … et ici , il faut mettre un H majuscule à Homme.
Trelawny témoigne que Byron ne voulait plus de la littérature une fois qu'il fut en Grèce , ni même cde celle d'Homère . .
Le poète s’est sacrifié à l’homme d'action , mais il a quand même écrit le plus important .
Parti combattre, des déceptions et des souffrances supplémentaires et imprévues auraient pu lui faire renier tout .
Mais le sage Stranger a couvert de sa voix les cris d'Achille et de Byron enfant ou infantile : il ne lui laisse que la tombe solitaire acceptée d'avance, et peut-être dès son pèlerinage sur le tombeau d’Achille, à 21 ans.
Il est toujours émouvant de relire les dernières actions, les derniers mots, de quelqu’un qui est mort subitement . Tout prend des accents de testament. Nous ne savons pas bien sûr, comment Byron aurait vécu après sa guérison....
Byron, partant pour la Grèce, ne pensait certes pas mourir de maladie à Missolonghi…
Le jeu incroyable de la Mort lui a , par bonheur peut-être, évité et la faiblesse devant Loukas et tous les honneurs de la gloire au combat, et elle n’a pu totalement lui voler sa mort choisie .
Il ne reste aujourd’hui que la « defenceless urn » d’un homme qui s’est nourri d’Achille, s’en est différencié, et l’a peut-être rejoint , volontairement ou non, au rang des mythes et des exemples.
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